Artiste sculpteur
“ Mes sculptures se font autant à l’oreille qu’au regard.”
Démarche
En travaillant la pierre et la terre, Cemi développe une pratique de sculpture sur des matériaux chargés de mémoire. Sculptrice française basée à Nantes, elle explore des matières souvent dites inertes, mais traversées par le temps et les cycles du vivant. Elle ne crée pas la matière : elle la déplace, la réorganise, la façonne, comme un courant qui dévie les pierres ou un vent qui modèle dunes et reliefs.
Son processus de création se développe en trois temps : une intuition ouvre la recherche, une phase de chaos fait émerger rythmes et tensions dans la matière, puis un temps d’affinage et d’interrogation des respirations conduit progressivement la pièce vers une présence juste.
Dans sa pratique de taille sur marbre, elle travaille principalement à partir de structures déjà existantes : chutes de marbreries italiennes ou fragments bruts de carrière. Cette pratique engage une réflexion raisonnée. Réemployer ces blocs déjà usinés ou extraits lui permet de limiter le recours à de nouvelles ressources, et de s’inscrire dans une attention plus consciente aux matières que nous prélevons.
La nature structure son imaginaire. Sa démarche s’ancre dans une pensée de la composition comme modèle intérieur. Tout commence par une expérience : être au sol, lever les yeux, et inscrire son regard entre la terre et les étoiles. Ces dernières lui parlent de dimensions, de lointains, et les espaces souterrains la ramènent au minéral. Il s’agit d’un monde où la question du temps et de l’espace domine. De cette expérience, elle réalise un chemin de la terre aux étoiles, qu’elle construit à travers des figures : oiseaux, édifices, mécaniques. Mais aussi à travers les éléments (feu, air, eau, terre), envisagés comme des forces actives qui traversent les formes, les déplacent et les transforment.
Dans la matière, elle pose rythmes, pleins et vides, cassures, liens et points de convergence.
Le vide occupe une place centrale. Il ne relève ni du manque ni d’un simple intervalle : il agit comme une respiration, un espace de tension et de relation. Il relie, sépare, ouvre, met en dialogue et instaure une circulation intérieure. Il est la condition même de la forme, une colonne vertébrale invisible à partir de laquelle elle construit ses oeuvres.
Ainsi, le vide agit comme un filigrane, à la fois présence et silence, il guide l’ordonnancement des pièces sans jamais s’imposer frontalement. Parfois imperceptible, il imprime pourtant une direction et transforme la perception.
Cemi aborde la sculpture comme un espace vivant où la forme est une action permanente. Son écriture, c’est la recherche d’une respiration, d’un souffle : inspiration et expiration ; un dialogue où elle prend et elle rend. Matière, espaces et silences s’imbriquent dans une pulsation rythmique. Ses sculptures se font autant à l’oreille qu’au regard.
Sa plus grande ambition, c’est d’interroger la forme librement, sans préjugé ; être à l’écoute des signes pour que la respiration et l’énergie fassent vivre la forme. Le regard est invité à circuler dans la sculpture, à ralentir et à se défaire de ses automatismes.